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Guy Môquet : donner du sens à la mémoire
Le Président de la République a décidé que la dernière lettre de Guy Môquet à ses parents serait lue le 22 octobre à tous les lycéens français. Désormais, les derniers mots de Guy Môquet sont évoqués en toutes circonstances, au risque de vider son sacrifice de la volonté qu'il souhaitait transmettre.
Cette année, le souvenir des 27 otages fusillés à Châteaubriant le 22 octobre 1941 revêt une dimension particulière puisque le Président de la République Nicolas Sarkozy est venu se recueillir sur les lieux de l'exécution le 19 septembre. Après son élection, il a voulu que l'attitude dramatiquement courageuse de Guy Môquet, jeune lycéen communiste de 17 ans, soit érigée en exemple d'engagement et d'héroïsme pour toute la jeunesse de France. La mémoire des 27 otages fusillés à Châteaubriant en octobre 1941 constitue une partie de notre patrimoine républicain. Elle appartient à chacun, « celui qui croyait au ciel, celui qui n'y croyait pas ». Se souvenir – ensemble - nous permet de célébrer l'engagement pour une cause juste, le courage, la résistance à l'oppression, l'héroïsme dans le sacrifice suprême. Ainsi, nous construisons des valeurs collectives pour inspirer le présent, et pour nous guider dans notre quotidien. Cependant, soyons vigilants, la mémoire est parfois trompeuse : affective, sélective, arrangée, amputée, instrumentalisée. D'ailleurs, beaucoup se sont émus en raison de l'évident fossé qui sépare les convictions politiques de Guy Môquet - militant des Jeunesses communistes - du programme de notre Président de la République, issu de l'UMP.
Or, si le souvenir ressemble si peu à la vérité, il est inutile. Il est important de rappeler que l'organisation de la cérémonie du souvenir en mémoire des fusillés de Châteaubriant a longtemps été houleuse. Les luttes nationales entre militants communistes ou syndicalistes de la CGT et les gaullistes bloquaient tout dialogue. La recherche de la vérité sur le passé de la guerre suscitait trop de rancoeurs. Fort heureusement aujourd'hui, grâce au travail des historiens et à la volonté de quelques élus de Châteaubriant (en particulier la maire précédente Martine Buron), la cérémonie et l'évocation artistique rassemblent tous les participants dans un même élan républicain. Et c'est bien cela que nous devons rechercher dans le souvenir du sacrifice de Guy Môquet et de ses vingt-six camarades : les valeurs qui nous unissent. Guy Môquet écrit : « Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c'est que ma mort serve à quelque chose ». Pour les 27, l'amour de la Patrie se traduisait par un fort engagement politique. Ils étaient avant tout des militants qui défendaient les plus humbles contre les inégalités et l'injustice sociale, tous passeurs de témoin.
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