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Samedi 11 février 2012
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Élections législatives en Norvège : la gauche résiste !

Norvège v2 -

Vincent VAUCHEL, sympathisant de notre fédération parti faire ses études en Norvége où il a pu adhérer à la Fédération des Français de l'Etranger, nous livre son témoignage.

Il analyse ainsi la situation politique norvégienne au lendemain des élections législatives.

Vincent VAUCHEL "La Norvège est décidément un pays à part. Contrairement à ses voisins scandinaves qui ont sanctionné les sociaux-démocrates et à la tendance qui voulait, ces dernières décennies, qu'un gouvernement sortant ne soit pas reconduit, la coalition de gauche, au pouvoir depuis quatre ans, résiste et conserve la majorité au Stortinget, le parlement norvégien. Le gouvernement sortant n'avait, il est vrai, pas à rougir de son bilan avec un taux de chômage à peine supérieur à 3%, un retour de la croissance prévu dès 2010 et un des PIB par habitant les plus élevés d'Europe. Ce pays reste, malheureusement, pour le moins, à la marge de l'Union Européenne.

« Jens vi kaen ! » (Jens, nous pouvons !)

« Thriller » titre le quotidien norvégien Aftenposten, au réveil d'une nuit électorale à suspens. Il faut dire que les résultats se sont faits attendre et sont serrés : la coalition de gauche rouge-verte obtient la majorité d'un siège, avec 86 députés contre 83 pour la droite. Jens Stoltenberg, le leader charismatique du parti travailliste, a réussi un exploit. Son gouvernement, composé des travaillistes, des centristes et de la gauche socialiste, est le premier à se faire réélire en Norvège depuis 16 ans. Et dans la majorité, seul son parti gagne des députés, avec 64 sièges (+3 par rapport à 2005), alors que la gauche socialiste (SV) perd 4 députés (11 élus) et que les centristes conservent leurs 11 députés. « C'est la première fois depuis 1957 que nous progressons deux fois de suite lors d'élections législatives », s'est félicité le Premier ministre, à l'issue d'une campagne de terrain où 570 000 roses ont été distribuées par son parti dans ce pays de 4,8 millions d'habitants.

Le Premier ministre a certes remporté des élections de justesse, sans doute grâce à son charme, que ses adversaires eux-mêmes reconnaissent, mais aussi et surtout grâce à sa politique. Les Norvégiens ont opté pour la stabilité en reconduisant la coalition de gauche. Ils ont choisi la protection rassurante de l'État-providence, une recette qui a fait ses preuves pendant l'année écoulée : le gouvernement a bien géré la crise financière, en utilisant les réserves mises de côté grâce à la manne pétrolière (depuis 1996, il ne peut dépenser plus de 4 % des réserves par année).

Preuve, s'il en fallait une, qu'avec un leader, une unité et un programme, la gauche, dans sa diversité, est capable de gouverner dans la durée.

La droite populiste divise

L'autre enseignement marquant de cette élection, c'est la progression du parti du Progrès (FrP) de Siv Jensen. Cette formation populiste et xénophobe confirme, avec 41 sièges et 3 sièges de plus qu'en 2005, sa place d'opposant principal au gouvernement social-démocrate.

Anti-fiscaliste et ultra-libérale, Mme Jensen n'hésite pas à se comparer à Margaret Thatcher et à affirmer, notamment lors de l'ultime débat télévisé, ne pas croire en la construction d' « un paradis social-démocrate ». Elle avait d'ailleurs clairement annoncé qu'il n'était pas question de rééditer l'expérience de la droite entre 2001 et 2005. À cette époque, le Parti du progrès soutenait de l'extérieur l'exécutif. Au vue des déclarations de Mme Jensen, le FrP se prépare pour 2013 à être le trait d'union entre les forces de droite, pour être dans un gouvernement où son parti ne serait pas exclu. Nul doute qu'il souhaite changer la politique d'immigration pour « lutter » contre le développement de l'islam et limiter l'octroi du droit d'asile à 100 migrants par an. Ce parti était aussi le seul à proposer des baisses d'impôts et à vouloir utiliser la rente pétrolière, aujourd'hui épargnée dans un fonds souverain, pour financer les services publics. De plus, le Parti du progrès entendait procéder à de multiples privatisations afin de remplir les caisses d'un État qui, pourtant, ne connaît pas de problèmes de trésorerie et sort presque indemne de la crise financière. Même les entreprises pétrolières, la plus grosse source de revenus de ce pays, le plus riche du monde, seraient concernées.

Trop éloignés sur l'immigration et sur l'utilisation des revenus du pétrole, les deux partis de centre droit, le Parti démocrate-chrétien et le Parti libéral, avaient annoncé leur refus d'un gouvernement auquel participerait le Parti du progrès. Visiblement cela n'a pas payé dans les urnes puisqu'ils obtiennent à eux deux 12 députés, 8 de moins qu'en 2005. Avec 17,2 % des votes, soit 30 députés, le Parti conservateur est celui qui obtient la plus forte progression, gagnant 7 sièges. C'était le seul parti qui avait laissé la porte ouverte à une collaboration avec la droite populiste. La chef de file des conservateurs, Erna Solberg, se serait d'ailleurs bien vue Premier ministre. Mais cette stratégie de rassemblement de la droite a échoué, puisque les résultats de lundi ne lui permettent pas de rassembler une majorité autour d'elle.

Europe : la Norvège isolée ?

Jens STOLTENBERG La Norvège a bel et bien inversé la tendance en Europe, qui semblait marquer le recul des sociaux-démocrates, comme le soulignait, au soir des résultats, le ministre travailliste des Affaires étrangères Jonas Gahr Stoere. Des gouvernements de centre-droit se sont successivement imposés en Suède, au Danemark et en Finlande. Le quotidien suédois Svenska Dagbladet voyait d'ailleurs la victoire de la gauche norvégienne comme une source d'inspiration pour les partis sociaux-démocrates, qui sont dans l'opposition dans trois pays nordiques. Le journal souligne néanmoins qu'il est plus « facile » de mener une politique sociale-démocrate quand l'État est si riche. En prévision de l'ère post-pétrole, le pays scandinave, cinquième exportateur mondial d'or noir, a eu l'intelligence de placer ses revenus pétroliers dans un fonds qui pesait 277 milliards d'euros fin juin.

Si le pays a aujourd'hui le taux de chômage le plus faible d'Europe (3%), la Norvège se tient obstinément à l'écart de l'Union européenne (UE). Et certains observateurs craignent son isolement en Europe. C'est notamment l'avis de l'ambassadrice de la Norvège au siège de l'UE, Oda Helen Sletnes, qui estime que son pays risque à terme de perdre le peu d'influence qu'il a au sein de l'UE, et de devoir payer des frais encore plus élevés pour avoir accès au marché commun européen. Un autre problème soulevé par l'ambassadrice est le fait que l'UE crée constamment de nouvelles agences et bureaux auxquels la Norvège ne dispose que d'un accès limité. Ces agences et bureaux prennent des décisions qui touchent la Norvège dans toutes sortes de domaines, comme la sécurité aérienne, les normes de production alimentaire et les questions maritimes.

Le gouvernement norvégien devra alors, sans nul doute, prendre des décisions importantes au sujet de la relation de la Norvège avec l'Europe. Le sujet est tellement tabou dans un pays qui a refusé, par deux fois, une adhésion par référendum que la plupart des partis – à l'exception notable des conservateurs – ont préféré ne pas en parler pendant la campagne électorale. Selon un récent sondage, 50% des Norvégiens resteraient contre une adhésion et seuls 35% y seraient favorables."

Vincent VAUCHEL, Fédération des Français à l'Étranger (F.F.E.), « Section des isolés » du Parti Socialiste

 
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