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Samedi 11 février 2012
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"Nicolas Sarkozy a menti aux Français"

Michel Sapin

Nicolas Sarkozy a notamment gagné la présidentielle sur la promesse d'une hausse du pouvoir d'achat. Près d'un an après, Michel Sapin, Député de l'Indre et Secrétaire national du PS chargé de l'économie, fait le point sur cette question.

On entend beaucoup dire qu'il y a une baisse du pou­voir d'achat des Français depuis quelques mois : est-ce une réalité et comment l'expliquer ?

Oui, la baisse du pouvoir d'achat est une réalité pour une immense majorité des Français. La différence entre les chiffres officiels, qui affichent une hausse du pouvoir d'achat de 2,4% en 2006 et 3,3% en 2007, et le ressenti de nos compatriotes est telle que le Président de la République a demandé la création d'un nouvel indice du pou­voir d'achat "correspondant à la vie quotidienne des Français". Nous devrons être très vigilants à cet égard, car ce n'est pas en cassant le thermomètre que l'on fera baisser la fièvre. Le pouvoir d'achat de nombreux Français baisse, car les salaires et les pensions de retraites évoluent moins vite que les prix. Aujourd'hui, la flambée de l'immo­bilier - 25% des dépenses des ménages -, de l'énergie, essence, mais aussi chauffage, et des produits de première nécessité pèsent chaque jour un peu plus lourd dans le budget des familles. Par exemple, pour consommer les 400 grammes de fruits et légumes recommandés par personne et par jour, il en coûte désormais chaque mois 60 euros pour un couple et 115 euros pour une famille avec deux enfants.

La baisse du pouvoir d'achat ne correspond donc pas à un fantasme ou à "sentiment". Elle est simplement non reconnue par les taux moyens de l'INSEE qui ne prennent pas en compte les disparités sociales entre ménages. En effet, l'indicateur de l'INSEE est fondé sur la variation de prix de plus de 800 produits. La hausse des prix dans le logement ou des produits frais y est compensée par la baisse des ordinateurs ou des écrans plasma. Or, pour les 80 % de Français qui gagnent moins de 2.000 euros par mois, le premier effet est incontournable et le second plus ponctuel car on n'achète pas un écran plasma tous les jours ! Cela explique la baisse de leur pouvoir d'achat.

Nicolas Sarkozy a été élu sur cette thématique du pouvoir d'achat. Les Français semblent déçus près d'un an après. Ton point de vue à ce sujet ?

La déception est palpable et fort logique. Restaurer le pouvoir d'achat des Français était possible et nécessaire, et la France disposait de suffisamment de marges de manoeuvre à la mi 2007 pour cela. Mais Nicolas Sarkozy a fait un choix différent, celui d'affecter 15 milliards d'euros à quelques ménages aisés et aux grands groupes, c'est-à-dire gaspiller inutilement et injustement nos marges de manoeuvre. Les Français comprennent aujourd'hui que nos mises en garde étaient fondées quant au caractère irréaliste du slogan "travailler plus pour gagner plus" : les salariés ne décident pas de leur temps de travail et les entreprises n'accordent des heures supplémentaires que si leur carnet de commande le leur permet. Mais le pire est à venir. En effet, en dilapidant inutilement nos marges de manoeuvre, le gouverne­ment a fragilisé la France et le retournement conjoncturel en cours va l'amener à mettre en place un plan de rigueur.

Quels sont selon toi, les leviers politiques, fiscaux et économiques pour intervenir positivement sur le pouvoir d'achat ?

Pour augmenter durablement les salaires, il faut utiliser les leviers politiques, en conditionnant par exemple les exonérations de cotisations sociales à la conclusion d'accords salariaux. L'État doit également prendre ses responsabilités en revalorisant décemment les petites retraites et les salaires, et c'est pourquoi nous proposons un plan de rattrapage des traitements dans la fonction publique et une revalorisation immédiate de 5 % des petites retraites.

Les leviers économiques et fiscaux doivent également être exploités pour baisser les prix des produits de première nécessité : baisse des taxes sur l'essence, répercussion en faveur des consommateurs des marges obtenues par la grande distribution sur les producteurs, baisse de la TVA sur les produits de première nécessité...

Y a-t-il un lien direct entre hausse du pouvoir d'achat et croissance économique ?

Oui, et cela dans les deux sens ! La hausse du pouvoir d'achat permet de dynamiser la demande interne, c'est-à-dire l'un des trois piliers de la croissance. Mais le pouvoir d'achat ne peut rester durablement élevé sans croissance forte. C'est pourquoi il faut refondre notre politique économique pour restaurer la compétitivité en profondeur de nos entreprises.

 
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